01Mar2014
EUX & NOUS - Tourner sept fois sa langue dans sa bouche…A PROPOS DU RAPPORT DE LA CNRI PAR FADEL DIA

Les Sénégalais seraient-ils d'éternels grincheux ,ou, plus concrètement, des hommes et des femmes qui ne prennent jamais la précaution, et la courtoisie, de tourner sept fois leur langue dans la bouche avant de livrer des vérités qu'ils croient définitives et absolues ?


Le rapport de la CNRI est à peine remis à son commanditaire, le Président de la République, que déjà ,on sonne l'hallali, on voue aux gémonies, avec un aplomb incroyable, un document qui, même s'il circule sur internet, n'est pas encore  versé dans le domaine public ! Combien parmi ses détracteurs l'ont soupesé, examiné sous toutes les coutures, se sont appropriés son contenu, sa méthodologie, sa philosophie, pour tout dire sa lettre et son esprit ?

La première incongruité c'est donc que ce document, s'il n'est pas à proprement parler confidentiel est, pour le moins, à tirage limité. On n'a pas entendu ses auteurs le divulguer ou débattre de son contenu, ni même exposer des doléances sur leurs conditions de travail.
La petite minorité de privilégiés qui est en sa possession, plutôt que de s'ériger en bouclier, aurait du avoir la délicatesse, et pour certains la loyauté, de ne pas condamner aussi vite  un texte que son commanditaire  a reçu avec la réserve républicaine qui s'impose. Pourtant même si le Chef de l'état, devant le brouhaha soulevé par sa publication, a invité ses affidés à ne pas se livrer à de vaines polémiques et à lui laisser le temps  de se faire sa propre idée, on ne peut manquer d'observer que c'est précisément dans son proche entourage qu'on a eu la surprise de trouver un des plus virulents contempteurs du texte.
Cet homme, qui revendique le titre de « ministre conseiller juridique  du Président de la République », n'aurait-il pas du, en toute logique, réserver ses appréciations à son employeur ? On a trop de respect pour la bonne foi du Président de la République  pour croire que son conseiller  ne fait que dire tout haut ce qu'on susurre au Palais et qu'on n'ose dire aux auteurs du document.
Le rôle d'un conseiller n'est-il pas précisément de s'effacer derrière son mentor  et de lui laisser la primeur de ses avis ?Que pourrait dire, demain, ce conseiller à celui qu'il est chargé d'éclairer et qu'il n'ait déjà divulgué à la presse ? Quel effet sa précipitation aurait sur l'opinion sinon de donner à penser que le Chef de l'état est l'otage de son entourage ?   

La deuxième remarque c'est que c'est faire preuve d'une grande désinvolture que de traiter par-dessus la jambe  un document qui est le fruit d'une réflexion et d'investigations menées par une commission qui a rassemblé des compétences reconnues  et fait preuve d'une générosité rare de nos jours puisqu'aucun de ses membres n'était rétribué pour ce travail de longue haleine.
Par ailleurs le chef de cette cellule est un homme qui n'est pas dans le besoin, ni d'argent ni d'honneurs, et qui est, qu'on le veuille ou non, une des fiertés de notre pays. Si le mot n'avait pas été dévoyé, on pourrait dire qu'Amadou Mahtar Mbow et ses compagnons ont fait don au pays de leur expertise, de leur engagement et de leur sens patriotique. Cela ne signifie pas, bien sûr, que leur travail ne doit pas être soumis à la critique mais que celle-ci devrait être précédée d'un délai de sérénité : le temps de consacrer à son analyse le même effort que celui qui a présidé à sa conduite .Il n 'est pas responsable de faire l' évaluation d'un document qui a demandé des mois d'efforts sans  connaitre son contenu, tout  son contenu ,sans rechercher les sources de son inspiration. Il est prétentieux de croire que  des compétences académiques suffisent seules pour faire son exégèse, car ce texte n'est pas que juridique. Il est trop facile enfin de conclure à sa carence, en ne reposant son argumentaire que sur son intime conviction, car trop souvent, les gens pensent dire la vérité parce que tout simplement, ils disent ce qu'ils pensent.
 Le dernier malentendu est encore plus fondamental puisqu'il porte sur le sens même qu'il faut donner au rapport  de la CNRI. Il ne s'agit pas, d'après ce que nous en savons, d'une cogitation d'experts mais de l'expression même d'une partie importante de notre population, puisqu'il découle d'interrogations et d'audits conduits auprès de nos concitoyens, dans toutes leurs diversités.
La CNRI a effectué un sondage à grande échelle, interrogé près de 5000 personnes à travers 45 départements, recueilli les avis des composantes religieuses et de la société civile, sollicité l'éclairage de spécialistes pour toutes les questions qui nécessitaient une expertise  supplémentaire. Certes nous ne vivons pas dans une démocratie directe  et, chez nous comme ailleurs, les institutions politiques  résultent souvent  du choix d'un nombre très restreint de personnes, mais nul ne peut prétendre faire le bonheur des peuples malgré eux.
Ce  rapport qui constitue en quelque sorte, une banque des vœux  et ambitions de nos populations  et des orientations que celles-ci  souhaitent donner à leur gouvernance ne peut pas être réduit à un ersatz, car il s'agissait bien de réfléchir à la REFORME des institutions, comme il est précisé dans le titre de la commission. Le Président de la République peut, comme  il l'a dit à Pékin, y puiser des idées, à la dimension de ses ambitions, et l'importance de ce choix est à sa discrétion. Mais choisir c'est toujours prendre des risques  et il lui restera à prouver qu'on peut arriver au but sans faire le chemin.



 
 





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